Bruno Le Bail

L’œuvre de Bruno Le Bail explore avec une grande acuité notre manière d’appréhender l’histoire de la peinture – en revisitant le paysage ou la nature morte – et la mémoire toujours déformée de notre propre regard posé sur le monde. L’œil rivé sur le sujet, l’artiste s’attache à perdre le support de vue de sorte qu’apparaissent à la surface de la toile des strates de tableaux superposées. A la manière de pop-up sur le web, la peinture de Bruno Le Bail se construit par atomisation, laissant surgir dans un même cadre de multiples fenêtres qui sont autant d’images d’espaces-temps différents. Cette recherche trouve dans la ligne continue son fil conducteur. Dans cette œuvre résolument figurative qui interroge la possibilité du motif aujourd’hui, la ligne continue est un procédé de construction avec lequel l’artiste parvient à introduire concrètement le déplacement du corps dans la peinture. Ce protocole rend instable le sujet représenté en s’adossant aussi aux techniques de la photographie et du cinéma, à des moyens de reproduction du réel fixes et animés. L’œuvre dans sa décomposition méthodique révèle alors d’infinies variations, autant de mises à nue stupéfiantes de notre mémoire visuelle.
Né en 1963. Vit et travaille à Saint-Laurent du Verdon

 

 

Critique

« Bruno Le Bail est un explorateur d’idées, un archéologue de l’art, un technicien virtuose aux airs de chimiste pour qui la peinture est un champ d’expérimentation immense, sans cesse renouvelé. Son travail s’articule autour du mouvement. Non pas dans une vision fragmentée de l’objet à la manière cubiste, ni dans sa décomposition futuriste, mais dans une démarche purement matérielle qui questionne et réinvente l’acte créateur. Peindre est plus que jamais une épreuve physique. Grâce à la réalisation d’une machine mobile qui lui permet de prendre de la distance vis-à-vis du support, l’artiste peint en se déplaçant, contemplant son sujet à travers une vitre, dans un travelling pictural d’inspiration cinématographique. L’écran de verre qui le sépare de la toile devient un objectif, à l’image de l’appareil photographique ou de la caméra, derrière lequel il observe la progression de son travail. »

Delphine Gervais de Lafond
Extrait de « Les biphonies de Bruno Le Bail », Galerie Béa-Ba, mars 2015
Texte complet