Claude Viallat

Claude Viallat est un artiste majeur de notre époque. De renommée internationale, son œuvre a été montrée dans les plus grandes institutions en France comme à l’étranger. En 1988 il représentait la France à la Biennale de Venise. En 2014, la rétrospective au Musée Fabre à Montpellier a de nouveau témoigné de l’ampleur de cette œuvre depuis presque cinquante ans, tandis que l’exposition de Supports/Surfaces à New York était très largement saluée par la critique américaine. La peinture de Claude Viallat se développe à la manière d’un questionnement incessant de l’acte de peindre dans ses inscriptions esthétiques, historiques et anthropologiques. La répétition invariable d’une forme quelconque ou neutre, assimilée parfois à un osselet ou à un haricot, s’associe à l’utilisation d’une multiplicité de supports sur lesquels la couleur est apposée. De cette méthode élémentaire émanent d’infinies variations où se fabrique la peinture dans un constant renouvellement. Après l’adoption, en 1966, de ce procédé exécuté sur toile libre, le peintre est un des acteurs principaux du mouvement d’avant-garde Supports/Surfaces qui apparaît au début des années soixante-dix. La forme immuable de Viallat explore dès lors toutes sortes de territoires et de traitements, se déployant parfois dans des formats ou des espaces monumentaux. Cette mise à l’épreuve de la peinture va être articulée à partir du milieu des années quatre- vingt à d’autres travaux emblématiques : ses objets (bois flottés, cerceaux…), cependant que les peintures tauromachiques accompagnent de manière plus privée sa démarche. Oscillant sans hiérarchie de l’infiniment petit à l’infiniment grand, d’une extrémité à l’autre, l’œuvre de Claude Viallat donne à sentir avec une formidable vigueur l’activité picturale.

 

 

Critique

Qui veut aborder l’oeuvre de Viallat, qui veut «voir» Viallat, est confronté à un étonnant paradoxe concernant une oeuvre si souvent assimilée à l’idée de visibilité : l’abondance des obstacles qui s’interposent entre le travail et celui qui tente de le regarder. Obstacles classiques, liés à l’enfermement, par l’histoire de l’art, de cette oeuvre dans une case. Aborder cette pratique en tant que chapitre de l’histoire des avant-gardes françaises des années 1970 est, d’évidence, réducteur. Mais, de façon plus inattendue, il semble que ce soit Viallat lui-même, par ce qu’il dit, par ce qu’il fait, qui multiplie les pièges et les leurres afin de pouvoir avancer masqué. Voir Viallat, c’est donc envisager Viallat contre Viallat. Non qu’il s’agisse de prétendre «débarrasser» l’oeuvre du commentaire que l’artiste en a produit (ce qui serait, au minimum, naïf), mais il faut tâcher de comprendre le rôle de chaque pratique au sein de la méthode Viallat. Car la vie de cet homme, depuis maintenant quarante ans, pourrait se résumer à une question : comment peindre ? Et tout ce qu’il fait ne tend, obstinément, qu’à répondre à ça. Écrire, parler, mais aussi faire des objets, des dessins et des peintures tauromachiques, tout, si l’on peut dire, ne sert qu’à ça : à garantir, par la multiplication des écarts, le maintien fidèle du système. Telle est la méthode Viallat : aller du centre à la marge et de la marge au centre, sans cesse. Mouvement spirale. Multiplier les détours pour revenir à la forme quelconque, et à la répétition. Telle est donc la fonction des objets, des oeuvres tauromachiques et des écrits. Garantir, par la transgression, la fidélité au même.

Pierre Wat,
extrait de « Claude Viallat : œuvres, écrits, entretiens », Paris, Hazan, 2006.

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