Arthur Aillaud

L’œuvre d’Arthur Aillaud procède par juxtapositions : une zone géométrique monochrome sur un paysage. Chaque espace est une surface de découpe d’une autre surface. Ce recadrage à l’œuvre dans les tableaux construit plutôt un décadrage, il permet une distance critique sur le sujet. La représentation est mise en question. L’organisation architectonique des éléments de figuration et de non-figuration, dans un rapport de stricte égalité picturale et à des fins de composition, tend à inverser, voire à brouiller, nos codes de lecture. L’équilibre précaire qui s’installe entre les espaces de muralité et les points de vue, dans la profondeur de champ, de paysages naturels ou urbains, révèle toute la fragilité du réel. La peinture devient son propre décor où le trompe l’œil n’est plus un artifice mais l’organe principal d’une rythmique interne au tableau. Le béton donne le ton et fait résonner les panoramas. L’artiste joue ainsi le végétal, ou le minéral, contre l’architectural… tout contre.

 

 

Critique

Si ces tableaux ne sont pas des paysages au sens classique du terme c’est qu’ils ne représentent pas une nature que l’on pourrait parcourir du regard telle une figure romantique contemplant la nature, mais une sorte d’agencement d’espace pour faire un lieu. C’est une question de point de vue. Le regard ne porte pas ici sur un espace perspectif ordonné vers un horizon selon une vision et une représentation du monde unifiante. Il est en surplomb. Le point de vue ne renvoie pas à un point de fuite mais à un lieu installé et le jeu de regard qui s’accomplit entre le réel et sa représentation effectue, à sa manière, c’est-à-dire qu’il rend effectif, le passage d’un type de perception à un autre ou d’un type de vision à un autre.
Les portions de nature que nous voyons dans les tableaux d’Arthur Aillaud ne sont pas nécessairement vues d’en haut, elles sont d’ailleurs la plupart du temps frontales, mais le rapport de distance à la représentation en modifie la profondeur et interdit toute projection de type perspectif. Ce que nous avons « sous » les yeux est bien de la peinture, une image, une représentation d’un monde, d’espaces, de lieux, mais que nous voyons comme traversés par le peintre lui-même, par sa présence et par son geste.
C’est cela qui fait le paysage, l’expérience qu’en fait le sujet percevant. C’est aussi un certain rapport de solitude et de silence face au monde habité par les hommes, à l’énigme d’y être comme à la fois devant et dedans, ce que note Merleau-Ponty, à propos de la nature : « La Nature est un objet énigmatique, un objet qui n’est pas tout à fait objet ; elle n‘est pas tout à fait devant nous. Elle est notre sol, non pas ce qui est devant, mais ce qui nous porte. »

(Sally Bonn, extrait de « La nature du lieu – Catalogue d’exposition »).

 

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