Delphine Trouche

Delphine Trouche a commencé ses études à l’École des Beaux-Arts d’Avignon avec Jean Laube, à la kunstakademie de Munster ensuite  et à l’École nationale des Beaux-Arts de Bourges. Après son DNSEP, elle a intégré le master de Rainer Ganahl à la kunstakademie de Stuttgart. Durant une année entière passée à Hô-chi-minh Vietnam puis au cours de résidence à Canton et Shanghai ( Paul Devautour bazaar compatible program/xiyitang) elle a poursuivit son ample formation artistique. A son retour en france, elle a participé au Salon de Montrouge.

Note de l’artiste (2018)

Dans “Nouvelles de la métropole froide” Andrea Branzi parle des objets comme autant d’éléments constituant l’alphabet d’un langage universel de la métropole.

Dans mes peintures des espaces abstraits, l’imaginaire personnel ou iconographie constituée devient une denrée abondante, une matière disponible à volonté. Cette matière en suspension flotte sur les formats. Les peintures pourraient être découpées dans un continuum, donnant comiquement une vue subjective de notre immersion dans la grande salade de signes en suspension.

Je considère mon travail comme de la peinture résolument abstraite bien que les objets qu’y si combinent soient parfois figuratifs. Se sont des fantômes de la mémoire populaire collective, à peine sont-ils énoncés qu’ils changent immédiatement de rang, comme les palmiers qui sont tour à tour trame, icône, vignette, silhouette colorée. Si la présence de ces objets pourrait faire appel à la narration, l’absence du contexte de cette narration leur donnent un autre statut. Par leur isolement, ils laissent la place à la fiction intime.

Il est aussi question d’une autre mémoire, celle de la peinture elle même, avec des allusions plus ou moins humoristiques sur les enjeux de l’abstraction « classique ». La méthode de travail ici est signifiante, le tableau se construit plan par plan, alternant les temps de réalisation rapides et gestuels et les moments de précision ou de construction. D’abord gomme laquer les papiers, passer les jus colorés de préparation attendre le séchage entre chaque couche, créer des zones de réserve au scotch.

Il est également question du motif. Ici il n’est dépendant du fond. S’il accepte sa fonction ornementale, il a une vie propre comme objet. Seulement, c’est un objet qui refuse la finitude.

Il explose les formats des peintures, on devine que cet organisme est bien plus grand, que l’on ne perçoit qu’un détail. On lui prête une vie autonome dont on ne saisit qu’une fraction de seconde.

Le rôle de la couleur est essentiel. Je combine, juxtapose des couleurs pour faire apparaître des espaces différents. La profondeur ne s’exprime pas par la perspective « classique » ou par une figure. On peut sentir un nouvel espace qui ne répond pas aux lois de la narration, qui ne flatte pas notre « connaissance du monde ».

Il s’agit de jouer des oppositions de couleurs complémentaires et de couleurs presque semblables. D’abord avec les couleurs complémentaires pour rendre le regard gourmand sans lui imposer l’objet de sa gourmandise. Dans un second temps, d’apposer des couleurs presque semblables pour faire apparaître un autre espace, plus subtil plus immatériel, peut-être plus difficile, en ajoutant des couleurs en transparence qui viennent, sans salir, décaler un peu les rapports colorés trop évidents.

Je fais le même travail pour la forme, en dérangeant à peine la lisibilité des formes attendues, avec par exemple, l’irrégularité des rayons, le faux carré, l’imprécision de certains détails, ou dans le cas des matières, avec l’ajout de brillances, d’imitations de matières…

En refusant la réussite de la séduction se créent des espaces moins effectifs, des décollements entre plaisir et frustration. Peut-être ne s’agit-il là plus d’un espace mais du souvenir d’un espace, de la potentialité d’un espace, peut-être d’une émotion.

 

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