Armelle de Sainte Marie

Née en 1968, travaille à Marseille et Lyon.

À travers ses peintures et ses dessins sur papier, Armelle de Sainte Marie développe un univers coloré qui nous propose des formes et des figures ambigües, traitées entre presque-figuration et abstraction. Sont mis en scène des objets – minéraux, végétaux, organiques – semblant recéler une vie propre. Ses compositions suggèrent des territoires imaginaires, où les motifs énigmatiques et familiers à la fois, se jouant des pleins et des vides, des superpositions et transparences, nous content des histoires. Évocations de la nature, de mémoires de rêves, de mythes et d’images.

Elle a exposé son travail dans de nombreux lieux à Marseille et dans la région PACA, a été présentée à la vigie (Nîmes), à Progress Gallery, au salon Jeune création et chez Alain Coulange (Paris), ainsi qu’à Londres et New-York avec la galerie look&listen.

 

 

Critique

La peinture est ce quelque chose que le peintre attend, qu’il aimerait voir, qu’il doit cependant faire advenir pour le voir et pour voir. L’efficacité d’une peinture tient à sa capacité à être vue, à attirer le regard du spectateur hors de la distraction où le tient le spectacle et le désordre du monde. Le dispositif de l’art est appuyé sur un aller-retour : l’artiste tente de capter un état du monde, puis s’efforce d’offrir en retour à ceux qui l’observent cet état qu’il a transformé et qui l’a transformé. « Un peu comme si, écrit fort justement Philippe Cyroulnik, à pénétrer le monde, à vouloir en saisir la couleur et la texture, l’artiste le dissolvait dans la peinture. » Le verbe « dissoudre » est particulièrement adapté à la pratique picturale d’Armelle de Sainte Marie, de même que ses synonymes : « absorber », « délayer », « désagréger ». Par l’effet d’une dissolution de ce qui est peint dans la peinture — que peint la peinture — le tableau se réalise ; « se réalise » au sens que donnait Cézanne à la réalisation (résolution) du tableau : moment fondamental en ce qu’il est autonome, distinct des phases de vision et de conception. Qui conduit — comment est conduit — ce dénouement ? Est-ce, comme le suggère Aurélie Nemours, « la peinture qui décide de tout » ? Chez Armelle de Sainte Marie le dispositif porte en lui l’énergie de son accroissement : « Une toile en amène une autre parce que les formes en appellent d’autres. » Au point que, précise-t-elle : « … il m’est difficile de m’arrêter. Je dois être dans la scène imaginaire que je raconte sur la toile, je dois m’y mouvoir avec les formes que j’y amène. J’ai un espace, je le remplis… » Idées, images, formes, hantises, obsessions engendrent et nourrissent des suites, de notables variations. Le maître-mot est l’insistance : « C’est la matière-couleur qui conduit essentiellement le travail. » L’insistance permet un franchissement. Armelle de Sainte Marie semble aller chercher dans l’obscur de l’activité de peindre — l’accidentel, l’informe, le vertige — bien plus que des idées : un désir et un plaisir ; désir de propagation (« prolifération », dit-elle) et probable plaisir du « jeu de construction, de composition ». L’ensemble a pris à ce point corps dans sa trajectoire — Odyssée joue un véritable rôle de « fondation » — qu’il a généré des « dérivés ».

Alain Coulange
extrait de « Est-ce la peinture qui décide de tout ? », avril 2018

 

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