Stéphane Bordarier

Stéphane Bordarier a emprunté il y a une vingtaine d’années une voie singulière. Nourri par la peinture avant-gardiste et monochrome des années 60-70, comme par la peinture à fresque, il a forgé une synthèse totalement originale dans le paysage contemporain en France. Avec obstination, patiemment, il nous entraîne vers une expérience du tableau inédite, qui s’appuie sur la qualité de la surface picturale et le rôle fondateur, originel de la couleur. Son oeuvre, aujourd’hui reconnue, s’est construite à l’écart des modes : elle affirme radicalement le pouvoir toujours renouvelé de la peinture. Vit et travaille à Nîmes.

 

 

Critiques

Inutile de souligner que la couleur demeure au cœur des interrogations et expérimentations de l’artiste. C’est à dire à quel point celles-ci reposent continuellement sur la vaste mémoire chromatique emmagasinée par Bordarier. Selon les scénarios retenus, les couleurs sont esseulées ou placées côte à côte, superposées ou différenciées, coalescentes ou disjointes, affirmant simultanément leur souveraineté tout en attirant l’attention sur les parties peintes. Si le vocabulaire et la grammaire semblent à première vue se résuer obstinément à un répertoire « limité », presque minimal dans son extrême économie de moyens, la syntaxe n’en demeure pas moins riche en expansions, le travail évoluant par convergences de données inédites juxtaposées à des recettes anciennes. Et si celles-ci peuvent réapparaitre le temps d’un tableau, leurs résurgences, aussi furtives soient-elles, circonscrivent la logique propre à la dynamique de l’oeuvre. Une dynamique où l’ici et le maintenant portent systématiquement la trace de l’ailleurs et de l’avant. Il y a toujours chez Bordarier la tentation et la tentative de retrouver une couleur ou une sensation lumineuse.

Erik Verhagen, 2010
Extrait de Stéphane Bordarier (cat. d’exposition), Montpellier, Musée Fabre / Actes Sud, 2010

 

La couleur ? Oui, mais en plongeant le pigment dans un mélange de colle et d’huile, qui ne lui laisse que peu de temps pour travailler, comme pour maintenir l’exercice de la peinture dans une tension, sinon une urgence. Le beau geste ? Oui, mais celui du technicien de surface, qui passe une raclette en caoutchouc sur le sol, comme pour tenir à distance cette sensualité. Armé du seul désir de peindre, Bordarier apprivoise la peinture comme le renard le Petit Prince. Tel un éducateur sévère, il apprend à renoncer aux charmes de la facilité. Elle lui enseigne en retour que la couleur, comme disait Jean Fournier, est toujours recommencée.

Sylvain Amic, 2010
Extrait de Stéphane Bordarier (cat. d’exposition), Montpellier, Musée Fabre / Actes Sud, 2010

 

Dossier complet de l’artiste

 


Dialogue avec Stéphane Bordarier durant son accrochage
Arte, Galerie Jean Fournier, Paris

À voir également, l’interview réalisé par Pierre Wat