Didier Demozay

L’œuvre de Didier Demozay est absolument unique dans le paysage de l’abstraction contemporaine. Cet artiste, dont la peinture a été reconnue par Jean Fournier, souscrit avec simplicité mais aussi avec radicalité à une pratique dédiée entièrement à la couleur. Les tableaux de Demozay sont le résultat d’un travail direct, toujours franc, où l’énergie des figures monochromes entrent en confrontation. De ces tensions élémentaires surgit le langage propre à la peinture, au delà des mots. L’intense émotion suscitée à la rencontre de ces œuvres découle alors de la jouissance de la couleur seule ; de la couleur mise à nue. Vit et travaille à Draguignan.

 

Critiques

La peinture de Demozay procède d’un dépouillement qui ne laisse subsister que l’évidente immédiateté de la perception physique de la couleur et de son espace. Deux ou trois formes colorées dans l’espace blanc du tableau occupent la surface, ou plutôt coexistent en elle, c’est-à-dire se tiennent l’une et l’autre dans leur présence. Rapport extrêmement tendu où il n’est pas question d’accorder les couleurs mais de relations de densités, de forces et d’intensités. La radicalité du parti pris nous renvoie à une démarche qui se situe après l’abstraction, c’est à dire après une définition de la peinture et plus précisément du tableau comme un langage fait de formes et de signes non référentiels. Ni image, ni concept, la peinture de Didier Demozay nous confronte à la seule expérience physique et matérielle de la couleur. Si une telle conception de la peinture est singulière, elle n’est cependant pas isolée. On peut songer aux artistes de Radical Painting, à Gunther Forg ou à Callum Innes et, en France, à Stéphane Bordarier.

Romain Mathieu, Avril 2016
Extrait de « Didier Demozay, Affrontement », ArtPress, avril 2016.

 

Il n’y a aucune peinture de Demozay dont nous ne ressentons pas qu’elle vient de surgir au moment même où, dans l’atelier, le peintre la retourne face à nous. Comment cela peut-il être aussi tendu mais en même temps aussi démuni ? Nous devinons bien que cette peinture va contre, contre son système et ses repères. Nous sentons bien aussi de combien de refus elle est faite, du probant, du délibéré, de l’acquis immobile. Elle crée les conditions d’une échappée, elle tente l’exception. Ce qui constitue sa singularité est son caractère surgi, sa qualité de surgissement, comme si cela venait d’apparaître aux yeux du peintre et du spectateur et que ce ne soit pourtant pas un miracle, non, rien du miraculeux.

Frédéric Valabrègue, Mars 2012
Extrait de « Didier Demozay » (catalogue d’exposition), Château de Ratilly, 2012


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