Jean Rault

Le travail de Jean Rault obéit à une logique du portrait. Qu’il s’agisse de portraits de jeunes femmes en difficulté photographiées au début des années 80 et réunies dans les séries Unes et Autres, de femmes rencontrées au moyen de petites annonces et portraitisées dans leur appartement qui composent les séries Nues et Nues, Autres, de jeunes femmes de l’équipe de France de lutte, de femmes ou d’hommes photographiés chez eux en Amérique du Nord, ou encore de lutteurs de Sumo, de créatures de la nuit japonaise, de femmes plus ou moins nues dans leur chambre au sol en tatamis à Kyoto, et même ici ou là de quelques célébrités, c’est toujours une logique de portrait qui est à l’œuvre dans le travail photographique qu’il réalise depuis près d’une trentaine d’années. Et même lorsque Jean Rault quitte apparemment le strict domaine du portrait pour s’intéresser à des jardins remarquables, sa manière de cadrer des éléments significatifs dans un décor plus ou moins naturel, confère à ces photographies de jardins très cultivés un statut proche de ce qui constitue un portrait. Les corps occidentaux répondent aux corps orientaux de la même manière que les Cent vues du potager du Roi de Versailles répondent à la série de l’Empire des jardins de Kyoto ; dans tous les cas, il ne s’agit pas de comparaison mais plutôt d’un écho.

Critique

Ce qu’il nomme ses « portraits nus (avec ou sans vêtements » images où , dans une mise en scène minimale, quelqu’un, face au regard, se réapproprie comme jamais son visage le plus vrai, le réinvestissant d’une présence où la singularité simple de son individualité se manifeste soudain comme jamais. Tel est le protocole à l’œuvre depuis vingt ans. Mais à toute règle, comme on sait, il faut une exception qui vient la confirmer. Et lorsqu’il photographie, par exemple, des jardins (cela lui arrive également), Rault reste si indéfectiblement fidèle à sa manière qu’on dirait voir encore des femmes se dresser tout à coup dans un potager qui laisserait grandir en lui les formes les plus infiniment humaines.

Philippe Forest,
Extrait dans Art Press, mai 2005.

 

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