Francis Harburger

L’œuvre de Francis Harburger révèle une sensibilité hors du commun. Ce peintre qui a traversé le 20e siècle voulait donner à voir l’épiderme du réel. Quels que soient les sujets qu’il se plaisait à représenter, cet artiste juif, éprouvé par l’histoire, n’a eu de cesse d’observer inlassablement la réalité. L’artiste a peint de très nombreux paysages de Paris, des nus; mais ce sont surtout les simples objets du quotidien qui l’ont intéressé. Tout en peignant des études de la réalité ( natures mortes classiques), il a peint ce qui a été appelé hiéroglyphes par le philosophe Etienne Souriau. Le principe consiste à assembler sur la toile un échantillon de matière émotive choisie et d’y superposer un dessin linéaire qui vient servir de commentaire – un idéogramme qui permet en quelque sorte de réidentifier l’objet. Immédiatement identifiables bien que simplifiés à l’extrême, ces objets ordinaires sont presque réduits à un concept. Dès 1977, il introduit à ses toiles de vrais objets ou fragments d’objets. Regroupées sont le nom d’abstractions concrètes, ces œuvres oscillent poétiquement entre figuration et abstraction. Elles traduisent pour le peintre : « un spectacle intérieur, une cadence profonde – mon langage abstrait, disait-il, celui de mon âme celui de Dieu, celui émouvant du cœur… »
Né à Oran en 1905, mort à Paris en 1998.

 

Critique

J’ai vu de nombreuses œuvres de ce peintre. Celles qui me plaisent le plus […] sont celles où il se délecte à rendre, avec la précision et la soumission respectueuse d’un primitif, l’aspect immédiat et la consistance sensible de la chose en ce qu’elle a de plus savoureux et de plus concret […]. Et puis il commente cette apparence par une sorte d’hiéroglyphe intellectuel en surimpression : le contour caractéristique de l’objet, simplifié à l’extrême et réduit presque à un concept, à l’expression graphique d’une fonction. C’est dire qu’il maintient un surprenant équilibre entre la délectation pour ainsi dire charnelle que donne à une sensibilité aiguë l’aspect purement visible et même tactile des choses, et d’autre part cette armature conceptuelle qui définit les choses et sert de clef à l’accord des esprits quant à la réalité extérieure.

Étienne Souriau,
extrait in préface 
au « Langage de la peinture de Francis Harburger », 1963.


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